Valls de plus en plus isolé à gauche

JULIA HAMLAOUI
VENDREDI, 18 MARS, 2016
L'HUMANITÉ

 

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Toutes les formations de gauche qui contestent la loi étaient aux côtés des manifestants jeudi.

« La vraie démocratie, elle est ici ! », scandaient les jeunes dans la manifestation parisienne jeudi. Et ils n’étaient pas les seuls à le penser, alors que le gouvernement a fait la preuve qu’il est tenté de la passer définitivement à la trappe. « On nous a volé notre alternance en 2012. Premier mandat de Sarkozy, on annonce vouloir mettre fin aux 35 heures. Deuxième mandat de Sarkozy, on déplafonne les heures supplémentaires, on met fin à leur majoration », a lancé, place de la République, Julien Bayou, le porte-parole d’Europe Écologie-les Verts (EELV), assimilant sciemment le quinquennat de François Hollande à celui de son prédécesseur. Comme une partie du PS, sa formation reste, malgré la nouvelle mouture, vent debout contre le projet de loi El Khomri.

« Il faut retirer ce texte »

Plus que jamais opposées aux choix du gouvernement, les formations du Front de gauche étaient également présentes tout au long du cortège. « C’est un démenti cinglant à la tentative de Valls de désamorcer le mouvement avec quelques aménagements qui ne changent rien au fond de la loi », a affirmé le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, pour qui « il faut retirer ce texte et ouvrir un débat sur une véritable sécurisation de l’emploi et de la formation ». « Le gouvernement a pratiqué une vieille ruse de guerre : faire semblant d’avoir délesté (son projet) de manière à créer le doute et à essayer de diviser. Cette journée, avec des établissements scolaires plus mobilisés, montre que cela n’a pas marché », a souligné de son côté Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de gauche (PG), qui a essuyé à son corps défendant un jet d’œufs dans le défilé.

Tous se sont donc retrouvés dans la rue jeudi, mais le débat en cours à gauche en vue de 2017 n’est pas réglé pour autant. Si Jean-Luc Mélenchon juge que « ce mouvement change tout, c’est le printemps dans la politique », Éric Coquerel, le coordinateur du PG qui soutient la candidature du député européen à la présidentielle, assure qu’une telle mobilisation « justifie d’autant plus d’arrêter de discuter de primaires avec des représentants du PS qui approuvent le gouvernement et de se préparer sérieusement pour la suite ». Quand Julien Bayou estime, au contraire, que ce mouvement « accroît la légitimité d’un débat sur la primaire, ou, en tout cas, sur le fait que Hollande n’est pas le candidat légitime ». « Parmi tous ceux qui désapprouvent ce projet, on trouve des forces de tout l’arc de la gauche, c’est évidemment avec toutes celles-là qu’il faut construire une alternative sans que personne ne puisse prétendre les diriger à lui seul », estime pour sa part Pierre Laurent.