"Non aux racistes !" : des pêcheurs tunisiens bloquent

 

le navire des identitaires antimigrants

 

 

VIDEO. Le groupuscule d'extrême droite ambitionne de "repousser les migrants vers l'Afrique". Mais il n'a pu approcher du port de Zarzis en Tunisie. Un nouveau revers pour l'expédition "Defend Europe".

C'est un nouveau revers dont Génération Identitaire ne s'est guère fait l'écho sur les réseaux sociaux. Le C-Star, leur navire destiné à repousser vers l'Afrique, les embarcations de migrants, a été empêché d'approcher les côtes de Zarzis en Tunisie. Et pour cause : une intense mobilisation des pêcheurs de ce port du sud du pays ont uni leurs forces, entre dimanche 6 et lundi 7 août pour faire fuir ces militants d'extrême droite. En colère, ils avaient déployé des banderoles "Non aux racistes", et avaient prévenu :

"Comment ? Nous, laisser entrer des racistes ici ? Jamais."

"Un équipage raciste et dangereux"

Ce week-end, le C-Star, un bateau long de 40 mètres décoré de banderoles aux slogans antiréfugiés ("No way", "You will not make Europe home"), a croisé dans les eaux libyennes, où des dizaines de milliers de migrants voulant gagner l'Europe à bord d'embarcations de fortune, envoyées en mer par les passeurs, ont été secourus ces dernières années. Mais la suite de leur trajectoire, au large de la Tunisie, a été attentivement scrutée par l'Association des marins pêcheurs tunisiens tout le week-end, assure le président Chamseddine Bourassine : "Nous suivons ses mouvements sur internet."  

S'il s'approche du port, "nous allons fermer le canal qui sert au ravitaillement. C'est la moindre des choses vu ce qui se passe en Méditerranée, la mort de musulmans et d'Africains" en mer, ajoutait-il. L'ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a aussi haussé le ton, se disant opposée à ce que le C-Star "accoste dans les ports tunisiens" et appelant "le gouvernement à ne pas coopérer avec son équipage raciste et dangereux".

Cette mobilisation, qui a fini par dissuader le groupuscule d'extrême droite Génération Identitaire d'approcher des rives tunisiennes, pourrait s'étendre à d'autres ports tunisiens : Sfax, Djerba, Gabès, Skhira... 

Une mission "illégale"

Selon le droit maritime international, forcer un bateau croisant dans les eaux internationales à gagner la Libye est illégal. Pourtant, l'un des français embarqués à bord de cet équipage d'extrême droite, Clément Galant, a posté sur Twitter le 1er août une vidéo tournée depuis le C-Star, expliquant qu'il reconduirait vers les côtes africaines toutes les embarcations de migrants qu'il rencontrerait.

La déconfiture des identitaires antimigrants de "Defend Europe", déjà arrêtés deux fois

Blocages, arrestations ou désertions... comme nous vous le racontions il y a deux semaines, le périple maritime des militants d'extrême droite, qui a commencé début juillet, essuie de nombreuses contrariétés. Le C-Star et sa mission "Défendons l'Europe" ont été financés grâce à une campagne participative lancée par des militants anti-immigration français, allemands et italiens. Mais son périple est loin de faire l'unanimité. Le bateau avait d'abord été retenu pendant une semaine dans le canal de Suez, par les autorités égyptiennes à la recherche d'armes. Il avait ensuite accosté dans le port chypriote turc de Famagouste, où le commandant et les membres de l'équipage avaient été interpellés, soupçonnés de faux et usage de faux, selon le quotidien chypriote "Kibris Postasi", avant d'être relâchés.

Plusieurs personnes de l'équipage étranger à bord avaient alors déposé une demande d'asile en Europe, d'après Kibris Postasi  exactement ce que la mission "Défendons l'Europe" tente pourtant d'éviter. Le navire avait finalement quitté Chypre le 1er août et mis directement le cap sur la Libye, abandonnant l'idée d'effectuer toute escale en Grèce et en Sicile, où les autorités se montraient inquiètes d'éventuelles manifestations.

Des vies à sauver

Samedi 5 août, le bateau a suivi parfois à seulement quelques centaines de mètres le navire Aquarius, affrété par les ONG françaises SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), au large des côtes libyennes. Un coup de pression, alors que les navires affrétés par les ONG ont aidé environ un tiers des quelque 100.000 personnes secourues cette année au large de la Libye et convoyées vers l'Italie, selon les garde-côtes du pays.

Dimanche 6 août encore, l'Aquarius et MSF ont participé au sauvetage d'une centaine de personnes à bord d'un canot pneumatique.

C.C. avec AFP