Ouragan Irma : le jour où Saint-Martin et

 

Saint-Barthélemy ont vécu l’apocalypse

 

 


  • "Le bilan humain est encore incertain dans la mesure où des opérations de déblaiement sont en cours", a déclaré le Premier ministre Edouard Philippe"Le bilan humain est encore incertain dans la mesure où des opérations de déblaiement sont en cours", a déclaré le Premier ministre Edouard Philippe | AFP

Julie PAIN.

« Paysages apocalyptiques », « véritable cauchemar »… Hébétés au milieu de leurs îles dévastées comme par une « bombe atomique » ou une « guerre », les habitants de Saint-Barthélemy et Saint-Martin doivent maintenant se remettre du traumatisme de l’ouragan Irma, qui a défiguré leurs îles et semé le chaos. Le récit de vingt-quatre heures d’horreur.

Écoles et administrations fermées, populations du littoral évacuées… Mardi 6 septembre, à 8 h, heure locale, les deux îles françaises de Saint-Barthélemy et Saint-Martin s’apprêtent à subir de plein fouet l’arrivée de l’ouragan Irma, passé en catégorie 5, le maximum possible en termes de puissance pour un cyclone.

La population s’approvisionne en eau, nourriture et piles. « Ça commence à être la pénurie. On a fait des réserves de bouteilles d’eau, mais on n’a pas pu acheter de réchaud », explique Olivier Toussaint, 41 ans, à Saint-Martin. « On va être en plein dedans. L’intensité du cyclone nous inquiète de plus en plus », avoue-t-il.

 

Les habitants de Saint-Martin se protègent avant l'arrivée de l'ouragan Irma...Les habitants de Saint-Martin se protègent avant l'arrivée de l'ouragan Irma... | AFP

 

À Saint-Barth, de nombreuses personnes font la queue dans les stations-service, coupent et taillent les arbres autour des habitations, calfeutrent fenêtres et portes.

 

Et font des réserves de bouteilles d'eau.Et font des réserves de bouteilles d'eau. | AFP

 

Les deux îles françaises sont placées en alerte violette vers 22 h 30, heure locale. Le degré maximal, en prévision de l’arrivée de l’ouragan, impose le confinement total de la population. Le passage de ce deuxième cyclone d’ampleur de la saison 2017 est considéré par les spécialistes comme l’un des plus puissants de l’Histoire.

« La plus forte inquiétude que nous avons […], c’est que des espaces très denses en population vont être touchés, des espaces où malheureusement les habitations sont de fortune, où les gens ont refusé, pour l’instant, d’aller se protéger », explique alors Annick Girardin, la ministre des Outre-mer. « S’il y a un message qu’on peut encore passer, c’est de se protéger un maximum et d’écouter les conseils et les consignes qui ont été donnés ». Selon son entourage, 7 000 personnes refusent de se mettre à l’abri avant l’arrivée de l’ouragan Irma. Pourtant, les conditions météos décrites sur ces deux îles sont apocalyptiques. Irma se déplace à la vitesse de 24 km/h. L’œil du cyclone doit passer sur Saint-Martin et Saint-Barthélemy dans les minutes qui viennent.

Trois cent cinquante hommes se tiennent prêts à intervenir. Ils sont encore loin d’imaginer l’ampleur des dégâts… Après le passage du cyclone, « on a eu l’impression que tout avait été soufflé par une bombe atomique », témoigne sur France Info Dany Magen-Verge, habitante de Saint-Martin. « On dirait presque un pays en guerre », renchéri une autre journaliste de Guadeloupe 1re, Maeva Myriam Ponet, également à Saint-Martin, évoquant des « scènes de pillage ».

 

Des toitures renversées jonchent le sol.Des toitures renversées jonchent le sol. | AFP

 

« C’est l’enfer sur Terre »

L’inquiétude est à son maximum. Il est 6 h du matin, mercredi lorsque l’ouragan s’abat sur l’île française de Saint-Barthélémy, puis celle franco-néerlandaise de Saint-Martin. Météo-France mentionne des rafales de vent à 360 km/h. L'« attaque » ne fait que commencer. Après avoir passé plusieurs heures en alerte maximale « violette », les deux territoires des Antilles françaises sont placés en vigilance « grise », après le passage de l’œil du cyclone au-dessus des deux îles. C’est la première fois que l’arc antillais voit arriver un ouragan si puissant et potentiellement destructeur.

 

Les rues sont vides après le passage du cyclone à Saint-Barthélémy.Les rues sont vides après le passage du cyclone à Saint-Barthélémy. | AFP

 

L’angoisse se ressent chez les interlocuteurs contactés à Saint-Martin – dont la partie française abrite 35 000 personnes – et Saint-Barthélemy. Tous évoquent des rafales d’une puissance extrême, des grondements insistants. « C’est l’enfer, le toit bouge, les baies vitrées menacent d’exploser derrière les volets roulants malgré les scotchs sur les vitres […] J’ai déjà vécu trois cyclones mais c’est le plus puissant que je vis actuellement ! C’est l’enfer sur Terre. Je ne souhaite à personne de vivre cela », témoigne Anthony, dans les colonnes du Parisien, confiné chez lui à Philisburg au sud de Saint-Martin

L’impression d’une « bombe atomique »

 

Irma est plus puissant que les ouragans Luis (1995, St-Martin), Hugo (1989, 15 morts en Guadeloupe) et Harvey, qui a récemment frappé le Texas.Irma est plus puissant que les ouragans Luis (1995, St-Martin), Hugo (1989, 15 morts en Guadeloupe) et Harvey, qui a récemment frappé le Texas. | AFP

 

Les heures sont interminables pour les habitants qui constatent déjà d’importants dégâts. « C’était atroce. On marchait entre les tombes des cimetières détruits, les toits (des maisons) détruits, les gens étaient démunis. Au réveil il n’y avait plus rien. C’est comme si on avait enlevé l’âme de Saint-Barth » qui « ressemble à un morceau de caillou vide », raconte un habitant à la radio Guadeloupe 1re. « Les dégâts sont atroces » et « on ne sait pas quoi faire », dit-il. « On attend, on a plus d’eau, d’électricité. On n’a plus d’informations, on est coupés du monde ».

 

"Les 95% de l'île sont détruits. Il y a des cadavres de bateaux partout" sur l'île de Saint-Martin. | AFP

 

À Saint-Martin aussi, les habitants découvrent mercredi soir « un paysage apocalyptique », selon Maeva Myriam Ponet, journaliste à Guadeloupe 1re, qui cite pêle-mêle sur la radio France Info « des toitures arrachées, des amas de tôle partout dans les rues, des voitures renversées, des arbres déracinés. Les routes sont impraticables, des bateaux ont coulé ». « Le port de Marigot (chef-lieu de Saint-Martin) ressemble à un cimetière de bateaux. Pas d’électricité, toujours pas d’internet, pas d’eau, le téléphone vient tout juste d’être rétabli. On a l’impression d’une ville qui (a) été bombardée », avec « une maison sur deux pulvérisée », abonde un autre habitant de Marigot, joint par LCI.

 

Des arbres arrachés et des voitures submergées.Des arbres arrachés et des voitures submergées. | AFP

 

« Des semaines et des mois » pour un retour à la normale

Un bilan provisoire des secours français fait état, ce jeudi soir, heure métropolitaine, de 4 morts sur l’île de Saint-Martin et une cinquantaine de blessés. Les dégâts sont « énormes » dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, dévastant notamment l’aéroport et laissant l’île coupée du monde, selon le Premier ministre néerlandais Mark Rutte. Pour la partie française, le président du conseil territorial Daniel Gibbs, « sous le choc », parle d’une « catastrophe énorme : 95 % de l’île de Saint-Martin est détruite ».

 

Dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, les dégâts sont « énormes ».Dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, les dégâts sont « énormes ». | AFP

 

À Saint-Martin, « quatre bâtiments qui étaient les plus solides » - la préfecture, la caserne, la gendarmerie et l’hôpital - sont détruits, laissant présager une situation encore plus dramatique pour les bâtiments plus précaires dans des îles où l’habitat créole, en bois ou tôle, domine. Il faudra « des semaines et des mois » pour un retour à la normale de l’électricité sur les deux îles françaises, a prévenu EDF. Le réseau téléphonique mobile est en revanche déjà rétabli à Saint-Martin et en passe de l’être à Saint-Barthélemy, selon Orange.

L’état de catastrophe naturelle, qui permet la prise en charge par les assurances, sera signé dès vendredi, a promis le Premier ministre Édouard Philippe. La France est « touchée » et « toute entière mobilisée », a réagi le président Emmanuel Macron depuis Athènes. Il se rendra « dès que possible » dans les zones touchées.