Observatoire des inégalités -12 septembre 2017-

600 000 pauvres de plus en dix ans

 

 

12 septembre 2017 - La France compte entre 5 et 8,9 millions de pauvres selon la définition adoptée. Entre 2005 et 2015, le nombre de personnes concernées a augmenté de 600 000 personnes au seuil à 50 % et de près d’un million au seuil à 60 %. Principalement sous l’effet de la progression du chômage.


La France compte cinq millions de pauvres si l’on fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian [1] et 8,9 millions si l’on utilise le seuil à 60 %, selon les données 2015 (dernière année disponible) de l’Insee. Dans le premier cas, le taux de pauvreté est de 8,0 % et dans le second de 14,2 %. Au cours des dix dernières années (2005-2015), le nombre de pauvres a augmenté [2] de 606 000 au seuil à 50 % et de 999 000 au seuil à 60 %. Le taux de pauvreté s’est élevé de 0,5 point au seuil à 50 % et de 0,9 point au seuil à 60 %.

La pauvreté a fortement progressé à partir de 2008, avec l’accentuation des difficultés économiques liées à la crise financière. Entre 2008 et 2012, le nombre de pauvres, au seuil à 50 % comme à 60 %, a augmenté de 810 000. Le taux de pauvreté à 50 % s’est élevé de 7,4 à 8,5 %, celui à 60 % de 13,2 à 14,2 %. Depuis 2012, le taux et le nombre de pauvres stagnent. Cette stagnation est trompeuse, car la crise s’étend pour partie aux couches moyennes [3]. Le niveau de vie médian de 2015 reste inférieur à ce qu’il était en 2011. Or le seuil de pauvreté est calculé en fonction du niveau de vie médian. Ce mode de calcul fait que pour un même revenu, des personnes comptabilisées comme pauvres en 2011 ne le sont plus en 2015.

Une reprise de l’activité économique est perceptible depuis la fin 2015 que ces chiffres de la pauvreté ne peuvent pas encore prendre en compte. Entre décembre 2015 et mars 2017, le nombre d’allocataires du RSA a diminué de 5 %, soit 95 000 personnes de moins en un peu plus d’un an, ce qui n’est pas négligeable. Le nombre de chômeurs diminue. On peut donc espérer une légère amélioration entre 2015 et 2017. Le taux de pauvreté à 50 % pourrait repasser sous la barre des 8 %.

Un avenir incertain

Les années 2000 et 2010 constituent un tournant de notre histoire sociale. La pauvreté avait fortement baissé des années 1970 au début des années 1990. Depuis, on n’assiste pas à une explosion de la pauvreté, mais à l’inversion d’une tendance historique. Plus que l’augmentation du nombre de pauvres - même si elle est loin d’être négligeable - c’est surtout ce changement d’orientation qui est marquant. La pauvreté est mesurée de façon relative au niveau de vie médian. L’écart se creuse entre les plus pauvres et les couches moyennes si l’on raisonne à moyen terme.

Il ne reste plus qu’à espérer que le modeste retournement auquel on assiste depuis la fin 2015 se traduise concrètement dans les chiffres de la pauvreté. Compte tenu de l’ampleur de la dégradation enregistrée depuis le début des années 2000, il faudrait un mouvement beaucoup plus important et durable, ne serait-ce que pour revenir à la situation qui prévalait au milieu des années 2000 avec un taux de pauvreté à 50 % inférieur à 7 %.

Beaucoup dépendra de l’impact des politiques économiques et sociales mises en œuvre. Ainsi, par exemple, la baisse des allocations logement va avoir pour effet direct d’accroître le nombre de personnes pauvres. À plus long terme, l’évolution de la pauvreté dépendra pour une grande partie de l’emploi et des conditions dans lesquelles ces emplois s’exercent. Autrement dit, de la façon dont sera partagée la richesse créée. La multiplication de postes sous-rémunérés n’aurait pour effet que de transformer la pauvreté, en développant la pauvreté laborieuse.

Attention aux changements de méthode de l’Insee
L’Insee a changé deux fois de méthode pour évaluer les revenus, en 2010 et en 2012. Du fait des ruptures de séries, il est impossible de mesurer l’évolution de la pauvreté de façon précise au cours des années 2010. Nous avons recalculé les données pour qu’elles soient compatibles avec les années antérieures. Seul ce calcul permet de mesurer les évolutions dans le temps avec précision.

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Aucune donnée disponible de 1970 à 1990 et pour 2015 pour le seuil à 40 %. Séries recalculées pour tenir compte des modifications méthodologiques de l'Insee. France métropolitaine. 

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Données non disponibles de 1970 à 1990 et en 2015 pour le seuil à 40 %. Données recalculées pour tenir compte des modifications méthodologiques de l'Insee. France métropolitaine.

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Notes

[1Lire notre article sur les seuils de pauvreté.

[2Cette hausse est le résultat d’un solde entre les entrées et les sorties dans la pauvreté. Les personnes pauvres de 2005 ne sont pas les mêmes que celles de 2015.

Date de rédaction le 21 octobre 2013

 

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