L'HUMANITÉ

 

 

Sondage. Le peuple de gauche solidement accroché

 

                                   à ses valeurs

 

La quatrième vague de notre baromètre annuel Ifop « Être de gauche aujourd’hui », publié à l’occasion de la Fête de l’Humanité, démontre que le clivage gauche-droite demeure opérant et que l’électorat de gauche reste ferme sur ses convictions.

Le clivage gauche-droite n’a pas disparu de l’espace politique français, et encore moins dans l’esprit du peuple de gauche. C’est ce que révèle notre baromètre annuel Ifop, réalisé auprès d’un échantillon de 2 002 personnes (1). 67 % des sondés qui se positionnent à gauche se disent en effet « fiers de se revendiquer de gauche » (plus 9 points par rapport à l’année dernière). « Cette enquête est la première depuis la séquence électorale terrible de 2017, marquée par les défaites de la gauche et la fin de la bipolarisation de la vie politique, souligne Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’Ifop. Elle montre que l’identité de gauche existe toujours, bien enracinée dans l’opinion, en dépit du brouillage idéologique qui a accompagné l’élection d’Emmanuel Macron. » Et si de nombreux responsables politiques, de Jean-Luc Mélenchon au nouveau président de la République, jugent le clivage gauche-droite obsolète, 78 % de l’électorat du candidat de la France insoumise à la présidentielle estiment qu’il existe toujours des différences nettes entre la gauche et la droite. 75 % de son électorat pensent même qu’« on peut toujours être fier de se revendiquer de gauche aujourd’hui ». « 69 % des sondés qui se réclament de la gauche estiment que le clivage gauche-droite est toujours opérant. C’est le score le plus élevé que nous ayons jamais enregistré (7 points de plus qu’en 2014 – NDLR) », note Frédéric Dabi. Même si Emmanuel Macron a su capter des voix de droite et de gauche (les électeurs de François Hollande en 2012 représentent 50 % des voix en faveur de Macron au premier tour), la présidentielle n’a donc pas fait disparaître les lignes de clivage. C’est le cas pour de nombreux marqueurs significatifs. Concernant l’immigration par exemple, 46 % des électeurs de gauche considèrent qu’« elle rapporte plus à la France qu’elle ne lui coûte », contre 18 % pour la droite, soit un décalage de 28 points. Même fracture sur les enjeux sociaux, avec des écarts abyssaux (voir tableaux) sur la perception du chômage ou le pouvoir du patronat.


Concernant les premiers mois du quinquennat, là aussi, le peuple de gauche ne s’y trompe pas, 72 % jugeant que le nouveau président mène une politique de droite, une opinion partagée par 55 % de son électorat du premier tour. « Le sentiment que Macron est un adversaire est très prégnant, note Frédéric Dabi. On peut penser que le chef de l’État va perdre très rapidement la faveur de l’électorat socialiste qui s’était porté sur lui au premier tour. » Sur les idées jugées très négativement, l’austérité arrive en tête, juste devant le capitalisme et la finance. Chez les électeurs de droite, c’est le communisme qui rebute massivement (50 %), devant le socialisme (31 %), les grèves et les mouvements sociaux (27 %). Sur le degré d’adhésion des Français à différentes propositions concrètes, là aussi le clivage est net. 89 % des électeurs de gauche pensent qu’« il faut que les richesses du pays ne soient pas accaparées par une minorité ». Enfin, les objectifs assignés à une véritable politique de gauche ont un peu évolué : la protection de l’environnement (+ 9 points par rapport à 2014) arrive désormais en troisième position parmi les priorités, après l’égalité et la redistribution des richesses. Autant de bourgeons que la Fête de l’Humanité et ses centaines de débats et rencontres compte bien faire fleurir.

(1) Retrouvez tous les détails de l’enquête dès dimanche sur notre site humanite.fr
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