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Par Roger Martelli | 12 novembre 2017

Jack Ralite, libre et fidèle

 

Jack Ralite a été un des ministres des gouvernements Mauroy, député puis sénateur communiste et, longtemps, maire d’Aubervilliers. Roger Martelli de souvient d’un homme que la fidélité, l’acharnement et la liberté caractérisaient.

Il est en politique des hommes libres et des esprits flamboyants. Jack Ralite relevait des deux catégories. C’était un passionné, obsédé par la hantise de ne pas faire assez, dormant peu, téléphonant à toute heure, anxieux de la rigueur des idées qu’il exprimait.

Il ne pouvait parler en public sans au préalable consulter la terre entière, quêter l’approbation ou la critique, sans remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier. Il était l’homme du verbe et de sa fluidité, laissant hélas peu d’écrits, quand il dévorait tant ceux de tous les autres.

Il était de ces rares politiques qui, quand il parlait de culture ou de création, le faisait de l’intérieur, sur la base d’une totale connivence et d’un respect absolu du travail dont il cherchait toujours à valoriser l’essence et non pas la simple apparence. Il était l’homme des citations, toujours étonnantes, jamais conventionnelles. Pourtant, jamais dans sa bouche la citation n’était là pour clamer la distinction de l’orateur, mais toujours pour mettre en avant la profondeur humaine et civique du créateur.

 

« Il était de ceux qui ne confondent pas la lutte des classes et la guerre de tranchées, la conviction et l’esprit de doctrine. »

 

La politique et la culture "à la Ralite" n’étaient pas subordonnées l’une à l’autre, mais elles s’entrelaçaient, se métissaient sans renoncer à leur spécificité. Aucun politique n’a pu ainsi engager politiquement autant d’intellectuels, d’artistes et de créateurs, sans les embrigader ni les utiliser. En les accompagnant, il les aidait simplement à être des citoyens, autonomes, responsables et solidaires.

Jack était un fidèle, à ses convictions communistes inextinguibles, à ses engagements, à ses amitiés que la dureté des combats politiques ne pouvait ébrécher. Il pouvait être sévère avec son camp, convaincu qu’il était que qui aime bien châtie bien. Mais il a toujours laissé au vestiaire la haine et le ressentiment. Il était de ceux qui ne confondent pas la lutte des classes et la guerre de tranchées, la conviction et l’esprit de doctrine.

Le critique théâtral Jean-Pierre Léonardini vient d’écrire de lui, dans L’Humanité, qu’il « n’a eu que des adversaires, jamais d’ennemis ». Sans doute, tout simplement, parce qu’il ne voulait pas voir des ennemis dans ceux-là même qu’il combattait.

Je tiens pour un privilège de l’avoir côtoyé, d’avoir partagé bien de ses combats communistes, officiels ou "refondateurs". « Allô, c’est Ralite, là »… Il commençait toujours ainsi ses entretiens téléphoniques. Il faut maintenant se résigner à ce que ce Ralite ne soit plus là.

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