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                À Nanterre, Hamon ouvre la voie

 

à une alliance avec les Insoumis aux européennes

 

 

À Nanterre, Hamon ouvre la voie à une alliance avec les Insoumis aux européennes

 

LE SCAN POLITIQUE - Lors d'une conférence mardi soir à l'université de Paris-Nanterre, Benoît Hamon s'est dit prêt à s'allier avec La France Insoumise en vue des européennes à condition qu'elle abandonne l'idée d'une sortie de l'Union.

«C'est complet!» Difficile de trouver une place assise mardi soir sur les bancs en bois usés de cet amphithéâtre de la faculté de Nanterre. Les 650 places - capacité maximale de la salle - sont occupées. «C'est pareil dans toutes les facs où Benoît Hamon va. Il y a du monde partout», se réjouit un membre de Génération·s. Bordeaux, Lille, Rouen, Metz, Clermont... L'ancien socialiste multiplie les conférences dans les universités pour donner de l'impulsion à son nouveau mouvement. Au risque de ne parler qu'aux jeunes. À vue d'œil, la moyenne d'âge ne dépasse pas les vingt-cinq ans ce mardi soir à Nanterre. «Tout grand mouvement de gauche s'est fondé sur la jeunesse. C'est la première étape», assume Hadrien Bureau, responsable au sein du «pôle idées» de Génération·s et ancienne plume du socialiste lors de la campagne présidentielle.

L'Union européenne au programme

Benoît Hamon déboule dans l'amphithéâtre. Il est un peu plus de 18h. Chaudement acclamé, pris en photo, le préambule de la conférence prend des allures de concert. Pourtant, c'est bien un sujet politique que Benoît Hamon est venu évoquer. Ce mardi soir, c'est même la vaste question de l'Union européenne qui est au programme. Après une première partie très théorique de Stéphanie Hennette, professeur de droit à l'université, avançant des pistes pour démocratiser davantage l'Europe, la prise de parole de Benoît Hamon réveille l'assistance.

«Chaque fois qu'on me tape dessus, je me dis que je suis sur la bonne voie»

Benoît Hamon

L'ancien socialiste dénonce notamment un système économique européen «dépassé», qui ne prend en compte que «la richesse matérielle», délaissant «le bonheur». «On nous dit qu'il n'y a pas d'autres alternatives que ce qu'on fait actuellement, sinon on est pris pour des incultes», tonne-t-il. «A chaque fois qu'on me tape dessus, je me dis que je suis sur la bonne voie», déroulant notamment son projet de l'«Alliance des gauches» européennes.

«La porte est ouverte avec La France Insoumise»

Mais les étudiants de Nanterre n'ont pas prolongé leurs journées de cours simplement pour entendre les idées de Benoît Hamon. Déboussolés par l'état de la gauche en France, beaucoup attendent des réponses de l'ancien socialiste sur le rôle politique du mouvement Génération·s. «Il y a aujourd'hui deux vrais partis de gauche: la France Insoumise et le Parti communiste français. Quelle est votre place par rapport à eux?», l'interpelle un étudiant. Depuis l'estrade, Benoît Hamon veut jouer carte sur table. Il ne cache pas son importante rupture avec Jean-Luc Mélenchon et les siens sur la question européenne. Le fondateur de Génération·s craint en effet que l'idée de «plan A» de la France Insoumise, visant à négocier la modification des traités européens, ne soit «qu'un prétexte pour sortir de l'Union européenne.» Un désaccord qui avait déjà empêché une «union» entre les deux hommes lors de l'élection présidentielle. «Honnêtement, si c'est ça leur ligne politique, on ne va pas être d'accord», prévient-il à nouveau. Les applaudissements du public le rejoignent.

«Je sais qu'il y a des Insoumis qui sont sur la même orientation que nous sur l'Europe et qu'il y a d'importants débats en interne sur le sujet chez eux»

Benoît Hamon

Sa «ligne rouge» mise sur la table, Benoît Hamon tient cependant à préciser que des «compromis» peuvent être trouvés avec La France insoumise. «Je laisse la porte ouverte à une alliance», déclare l'ancien socialiste au Figaro en marge de la conférence. «Nous discutons. Je sais qu'il y a des Insoumis qui sont sur la même orientation que nous sur l'Europe et qu'il y a d'importants débats en interne sur le sujet chez eux. Mais aujourd'hui, s'ils restent sur leur position, la probabilité d'une alliance est compliquée», reconnaît Benoît Hamon qui préfère pour l'instant «être lucide».

Benoît Hamon appelle à refaire vivre Mai 68

L'ancien socialiste n'a pas atterri à Nanterre par hasard mardi soir. Surnommée «Nanterre la rouge», la faculté est un des foyers de mai 68 et reste un lieu très symbolique pour la gauche française. 50 ans plus tard, le prétexte est donc tout trouvé pour Benoît Hamon pour mobiliser ses troupes contre la politique d'Emmanuel Macron. «Mai 68 est parti d'ici. Ne l'oubliez pas. Ceux qui l'ont vécu ne sont aujourd'hui plus réveillés par l'espérance sociale», hausse-t-il la voix dans le micro. «Jusqu'à quand abuseront-ils de notre patience? Jusqu'à quand ignorerez-vous votre force?», lance-t-il sous les acclamations des étudiants. Presque du Jean-Luc Mélenchon dans le texte. Reste à savoir si ce dernier entendra son appel.