Comptes de campagne de Macron :

 

quand Griveaux trichait sur le montant des dons

 

Comptes de campagne de Macron : quand Griveaux trichait sur le montant des dons Benjamin Griveaux, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, porte-parole du gouvernement. (HAMILTON-POOL/SIPA)

INFO OBS. Pour défendre l'équipe de campagne du président, le porte-parole du gouvernement suggère d'étudier les Macronleaks. Bien imprudent...

Le porte-parole du gouvernement a parlé bien imprudemment ce matin. Interrogé ce 7 juin à France Inter sur les ristournes accordées par le propriétaire des théâtres Antoine et Bobino à la campagne d’Emmanuel Macron, ristournes révélées par la cellule d’investigation de la radio, Benjamin Griveaux a encouragé les auditeurs à étudier les emails de cette campagne hackés par on ne sait qui, et publiés par le site Wikileaks l'an dernier – ces recherches dans les Macronleaks devant évidemment, selon lui, prouver que l’équipe de Macron n’a commis aucune faute.

Bobino : la salle était disponible

Pour les ristournes, seul le cas de Bobino apparaît, à notre connaissance, dans ces Macronleaks. Et il semble plutôt donner raison au porte-parole du gouvernement. Dans l'email interne n°389, dont Benjamin Griveaux est l’un des destinataires, Stanislas Guérini, actuel député LREM de Paris et à l’époque l’un des principaux acteurs de la campagne, explique, le 31 décembre 2016, pourquoi il propose que le meeting de Bobino se tienne le 6 janvier 2017 :

"Je m’étais mis sur une date où le propriétaire de Bobino était prêt à nous mettre la salle à disposition à très faible coût car disponible par ailleurs."

Le "car disponible par ailleurs", une semaine avant l’événement, expliquerait donc la forte ristourne de 75%. Pour les autres ristournes révélées par France Inter, les Macronleaks ne disent rien. Mais il y a autre chose.

Mensonges sur les dons

En fouillant un peu plus dans ces archives comme Benjamin Griveaux nous y invite, on découvre quelques emails concernant le financement de la campagne, plutôt embarrassants pour le porte-parole du gouvernement, comme d’ailleurs pour l’actuelle chef du service de presse de l’Elysée Sibeth Ndiaye, et pour l’un des conseillers les plus importants du président de la République, Cédric O.

Le 8 mars 2017, l’équipe de campagne s’interroge sur les chiffres des dons reçus à fournir à la presse. Dans l'email n°4505, le patron de la levée des fonds, le banquier Christian Dargnat, communique les vrais à une poignée de responsables. Selon ses calculs, le montant total de la collecte s’élève alors à "9,3 millions d’euros". Va-t-on révéler ce chiffre-là ? Griveaux écrit à Ndiyae : "Sitbeth, tu n’avais pas dit qu’on restait sur 8 millions ?".

"Oui, tout à fait, répond-elle, 8 millions et pas 9,3 millions."

Un premier mensonge.

La même question se pose trois semaines plus tard. La collecte totale réelle est montée à 11 millions d’euros, le don médian étant de 50 euros mais, du fait du grand nombre de très généreux donateurs, le don moyen grimpant, lui, à 250 euros. Le 27 mars 2017, Benjamin Griveaux (alors porte-parole de La République en Marche) et Cédric O. (trésorier de la campagne et actuel conseiller conjoint du président et du Premier ministre sur les participations publiques) décident là encore de tronquer la vérité.

Le don moyen ? "On ne communique pas dessus", ordonnent-ils en choeur. La collecte totale de 11 millions ? "On communique sur 10", propose Cédric O. Benjamin Griveaux n’est pas d’accord. Pour lui, c’est trop. Il tranche et ordonne : "Mettre 9 millions d’euros de dons perçus et pas 10"... Alors qu’on l’a vu le vrai chiffre est 11 ! Encore un mensonge. Du moins si l'on en croit les Macronleaks, que le porte-parole du gouvernement nous a ce matin, bien imprudemment, enjoint à éplucher.

Vincent Jauvert