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Anne Sabourin : "La solidarité politique doit

 

se doubler d'une solidarité concrète avec les Grecs"

 

 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR VADIM KAMENKA
VENDREDI, 26 JUIN, 2015

 

Photo Patrick Nussbaum
Représentante du PCF à la direction du parti de la gauche européenne (PGE) et coordinatrice du Forum européen des alternatives, qui s’est tenu à paris, Anne Sabourin revient sur le coup de force que les dirigeants européens et les institutions financières tentent d’imposer au gouvernement dirigé par Alexis Tsipras.
HD. Peut-on empêcher le crime contre la grèce ?
ANNE SABOURIN. Heureusement, la Grèce bouge encore. Il faut donc empêcher cette tentative. Les peuples européens l’ont clairement démontré, ces dernières semaines, en se mobilisant massivement contre cette politique libérale. Pour la stopper, il faut au plus vite une solution politique qui permette la stabilité financière de la Grèce. Il faut en finir avec la stratégie d’asphyxie. L’accord qui sera trouvé doit respecter les lignes rouges fixées par le gouvernement grec. Pour cela, il faut que les créanciers acceptent un certain nombre de points proposés par Alexis Tsipras: pas de nouvelles mesures d’austérité, une restructuration de la dette publique grecque et des solutions durables. Il faut donc laisser au gouvernement grec une marge de manœuvre pour relancer son économie. Cela passe par une baisse des exigences en termes d’excédent budgétaire et un plan d’investissement dans l’économie grecque. Pour Athènes, ce sont les bases d’un futur accord que les dirigeants européens, la Commission et la BCE doivent accepter. Cette solution politique doit être portée par l’ensemble des forces progressistes.
 
HD.comment aider le gouvernement grec dans sa bataille contre les créanciers ?
A. S. Actuellement, le rapport de forces n’est pas en faveur de la Grèce. Il faut donc mobiliser les opinions publiques pour éviter de laisser les autorités grecques dans le seul cadre des discussions, qui ne sont même pas publiques. La pression populaire sur nos gouvernements est incontournable. L’appel que nous avons adressé à François Hollande pour que la France soit aux côtés du peuple grec a fonctionné. Le président a admis, lorsque nous l’avons rencontré, le 22 juin, le caractère inacceptable des mesures. Il nous a donné un signal positif sur le rôle qu’entendait jouer la France. Maintenant, nous attendons des autorités françaises qu’elles agissent en ce sens lors du sommet européen des 25 et 26 juin.
 
HD. l’exemple de la grèce démontre que l’europe semble se diriger vers plus de libéralisme et moins de démocratie.
A. S. Lors de ces négociations, Alexis Tsipras a soulevé un point fondamental: l’avenir de l’Europe. Pour que cela fonctionne, il faut remettre le politique et la démocratie au cœur du projet. Nous devons tous porter cette revendication. La construction européenne doit remettre en cause la place laissée à la troïka, aux institutions dites indépendantes et à la finance. Que vient faire, par exemple, le FMI dans des négociations entre États européens ? Dans la zone euro, les États doivent pouvoir mener la politique économique et sociale qu’ils souhaitent. Sinon, nous allons vers encore plus d’autoritarisme. Une forte mobilisation populaire est nécessaire pour arriver à ces réformes et construire un nouveau projet. En ce moment, la plupart des pays ne soutiennent pas forcément la Grèce. Car plusieurs gouvernements sont clairement dominés par des intégristes libéraux. Au Portugal et en Espagne, la droite craint un effet domino de l’alternative que représente la Grèce.
 
HD. La France peut-elle jouer un rôle clé ?
A. S. L’évolution de l’opinion publique française est positive. Et je pense que la France peut jouer un rôle déterminant dans ce bras de fer entre la Grèce et ses créanciers. Une majorité de Français se prononcent contre le grexit. 10 ans après le « non », les défenseurs d’une autre Europe sont majoritaires. Forcément, Tsipras bénéficie d’un élan de sympathie de la part de l’opinion publique en France car il fait face à ce même bloc libéral, emmené par les institutions et les dirigeantseuropéens.
 
HD. Comment aider concrètement le peuple grec et son gouvernement à ne pas subir un coup de force ?
A. S. La semaine de mobilisations européennes doit se poursuivre.
Des initiatives publiques doivent être prises pour notamment informer sur la situation en Grèce. L’ offensive contre le gouvernement dirigé par Alexis Tsipras est largement relayée par les médias. Les gens ont clairement l’impression d’être désinformés. À nous de mener la bataille médiatique pour informer sur les réalisations du gouvernement grec, la nature des négociations, les contre­propositions. Il faut maintenir la pression sur les autorités françaises en mobilisant avec les réseaux sociaux, des pétitions, des initiatives symboliques, contre les institutions européennes.
 
« JUMELAGES, ENVOIS DE MÉDICAMENTS ET D’APPAREILS DE SOINS, RÉCOLTES FINANCIÈRES, ÉCHANGES CULTURELS, TOURISME SOCIAL... UNE SOLIDARITÉ SE MET EN MARCHE. »
 
Nous devons mener une campagne internationale de soutien aux côtés du gouvernement grec. Cette bataille doit être durable. Les élections régionales doivent aussi permettre de porter la question de la coopération avec des régions grecques. Mais nous devons aussi mener une campagne de solidarité concrète: jumelages de villes, collectes de médicaments et d’appareils médicaux, échanges culturels, récoltes financières, financements participatifs, tourisme social ... Cette solidarité se met en marche. Les fonds nous permettent aussi d’aider des associations, comme Solidarité pour tous, qui jouent un rôle social important en Grèce. Bien évidemment, pour que cette démarche soit victorieuse, c’est au gouvernement, aux associations et au peuple grec de nous dire aussi leurs besoins et leurs attentes. La santé est au cœur de leurs préoccupations. Car tout leur système de soin et de protection est ravagé. Ce qui explique une hausse des cas de syphilis et de tuberculose, mais aussi un recul de la lutte contre le cancer ou le sida. Des structures existent déjà, comme le collectif de solidarité France­Grèce (1).